Introduction et Définition
J’ai récolté ces dernières semaines pas mal d’informations sur le « re-steal » et je me suis dit qu’il était temps de les mettre en forme en écrivant un article. Je me suis
inspiré largement de plusieurs sources pour écrire ce texte et plus particulièrement d’une discussion initiée par Ansky sur le forum 2 +2.
D’abord, il s’agit de définir ce qu’est un « re-steal » (=contre-vol). En bref, c’est lorsqu’on sur-relance un adversaire qu’on soupçonne être sur un vol. Autrement dit, on pense
que le joueur adverse a sans doute relancé avant le flop avec une main moyenne, voire une poubelle, pour voler les blinds. Généralement, on sur-relance un adversaire qui a ouvert en position
avancée à la table (CO-1, CO, D ou SB).
On parle de « re-steal » car on ne fait pas une sur-relance avec une main forte. Dès lors, notre objectif est vraiment de remporter le coup avant le flop en amenant notre adversaire à se
coucher.
Avec l’augmentation rapide des blinds lors des tournois, le « re-steal » est une arme efficace pour maintenir un bon tapis même sans toucher de jeu. Toutefois, c’est un « move » risqué et donc à
utiliser avec modération. L’objectif de cet article est justement de montrer quand et comment utiliser le « re-steal ».
5 éléments de base
1) Votre position
Généralement, le « re-steal » s’effectue du CO, du bouton ou des blinds. L’idée est bien sûr que plus vous êtes à une position avancée à la table, moins il y a de risque qu’un adversaire touche
une grosse main après vous.
2) Le relanceur initial
Qui relance ? Joue-t-il serré ou est-il agressif ? Est-il capable de coucher une main ? De quelle position relance-t-il ? Quelle est la hauteur de son tapis comparée aux blinds et à votre tapis ?
Quels « pot odds » (=quel investissement pour quel gain potentiel) aura-t-il lorsque vous le sur-relancerez ? Nous verrons dans le point 5) qu’il faut en principe que les «pot-odds» pour votre
adversaire soient nettement inférieurs à 2-à-1.
3) Les joueurs après vous
Combien est-ce qu’il y a de joueurs à parler après vous ? Comment jouent-ils ? Si vous faites un « re-steal » du SB et que le BB a un petit tapis, il risque peut-être de payer et ainsi d’inciter
le relanceur initial à payer aussi car il aura de meilleurs « pot odds »
4) Vos cartes
Quelle est votre main ? On considère généralement que c’est un facteur mineur car c’est la situation qui prime et la quasi certitude que le relanceur initial ne va pas nous payer. Toutefois, il
existe toujours un risque que notre tapis soit payé. Dès lors, les mains du type « connecteurs assortis » (T9s, 98s, 87s, 76s) sont souvent intéressantes car elles s’en sortent généralement bien
face aux mains susceptibles de payer notre sur-relance (AT+, 22+)
5) Risque vs récompense
C’est un élément fondamental à prendre compte. En effet, avant de vous lancer dans un « re-steal », il faut s’assurer que la récompense est supérieure au risque. Généralement, il est admis que le
tapis idéal pour faire un re-steal est compris entre 13-18 BB. Si vous avez 20BB, vous prenez un risque un peu grand et il est peut-être préférable d’attendre une meilleure
opportunité. Avec moins de 13BB, le problème est que vous manquez de « folding equity » (=capacité à faire coucher votre adversaire avant le flop grâce à la profondeur de votre tapis).
En clair, si un joueur relance à 3BB et que vous poussez avec par exemple 10BB, vous donnerez à votre adversaire de tellement bons « pot odds » qu’il sera presque obligé de vous payer. Admettons
que les blinds sont de 50/100 et que votre adversaire ouvre à 300. Si vous envoyez votre tapis de 1'000 chips au bouton, votre adversaire aura des « pot odds » de 2-à-1 car il devra payer 700
pour espérer remporter un pot de 1'450. Avec de tels « pot odds », il lui suffit de remporter le coup 1 fois sur 3 pour justifier un call de sa part. Pourquoi lui suffit-il de remporter le coup 1
fois sur 3 ? C’est un calcul relativement simple. Il suffit de déterminer notre « equity ». Avec des « pot odds » de 2-à-1, l’ «equity» est égale à 33% (1/3 x100). L’ «equity» est un % qui nous
indique le nombre de fois au minimum que nous devons remporter le coup pour que notre call soit rentable. En bref, on constate donc que dans cet exemple votre tapis n’est pas assez profond pour
lui mettre réellement la pression.
Quelques erreurs courantes
- Faire un « re-steal » face à la mauvaise cible. Méfiez-vous notamment des « calling stations » qui ne sont pas en mesure de coucher une main dès qu’ils ont investi quelques
chips dans le coup.
- Faire un « re-steal » sans « folding equity ». Comme nous l’avons déjà vu, c’est dangereux de pousser avec un stack inférieur à 13BB car vous offrez des « pot odds » trop
favorables à votre adversaire
- Faire un « re-steal » avec un stack trop important. Dès que vous avez plus de 20BB, il s’agit de se demander si le risque pris n’est pas supérieur au gain potentiel.
- Faire un « re-steal » trop fréquemment car vos adversaires risquent de s’en rendre compte et peuvent vous piéger avec une bonne main ou vont aussi peut-être suivre votre tapis
avec des mains plus marginales (Ax, Kx)
Augmenter vos chances de succès
- Les tapis moyens (ou les grands tapis d’un joueur solide) sont souvent les meilleures cibles.
- Certaines situations augmentent beaucoup vos chances de succès (la bulle, la table finale et/ou quand l’argent devient conséquent). Le « re-steal » devient très efficace car vous pouvez
exercer, d’une part, beaucoup de pression sur les joueurs « weak-tight » qui auront peur de se faire éliminer. D’autre part, vous pouvez aussi piéger des joueurs agressifs qui
ont tendance à relancer avec n’importe quoi en fin de parole dans ces situations de bulle car ils sont certains qu’ils vont empocher les blinds sans résistance.
- La position est importante car c’est lorsque vous êtes aux blinds que vous avez le meilleur ratio coût/bénéfice et que vous avez aussi le moins de risque, par définition, qu’un joueur après
vous tombe sur une très bonne main.
- C’est parfois intéressant de sur-relancer un joueur qui a ouvert en milieu de parole car cela donne une force supplémentaire à votre « move ». Toutefois, le risque est aussi plus grand qu’il
ait une main légitime ou qu’un joueur situé à votre gauche se réveille avec un monstre en main.
Voilà, après ces explications théoriques un peu longues et fastidieuses, il est temps de passer à la pratique. Pour ce faire, je vais détailler quelques mains qui me semblent
intéressantes.
Perfect time for a re-steal
- Pour commencer, j’ai choisi une main jouée par Sheets (un joueur pro qui est notamment reconnu pour son expertise en sit&go). C’est une main intéressante car nous allons
voir que tous les éléments sont réunis pour un « re-steal » réussi.
- Un joueur en milieu de parole ouvre à 3'600 (3xBB) et Sheets se trouve au BB avec un tapis de 21'000 chips. Sheets va envoyer son tapis avec 65s car il considère que c’est une
occasion rêvée pour faire un « re-steal » :
1) Sheets a le tapis idéal pour un « re-steal » avec 17-18BB.
2) Le relanceur a lui aussi le tapis idéal ; c’est-à-dire un tapis moyen qui lui permettra de conserver suffisamment de marge de manoeuvre après avoir couché sa main.
3) Le relanceur est plutôt agressif mais Sheets sait qu’il est capable aussi de coucher une main.
4) On arrive près des places payées ce qui offre à Sheets un moyen supplémentaire d’exercer de la pression.
5) En cas de call, Sheets a une main qui « fonctionne bien » face aux types de mains face auxquelles il risque de tomber
6) Sheets est au BB et il ne court donc pas le risque qu’un joueur sur sa gauche se réveille avec une grosse main. De plus, en poussant face à un relanceur en milieu de parole, la main de Sheets
appraît plus forte que ce qu’elle est réellement. Sheets a également l’image d’un joueur serré ce qui, dans ce cas, est tout à son avantage.
En bref, Sheets balance son tapis et son adversaire se couche instantanément.
Danger Zone
- Comme deuxième exemple, j’ai pris une main que j’ai jouée lors du Freeroll Supernova sur Pokerstars.
- Cet exemple démontre bien l’efficacité du re-steal. Après plus de 5h de jeu, j’arrive en table finale et nous ne sommes plus que 7 joueurs. J’ai A6o au CO et je relance à 3BB
en espérant empocher les blinds et les antes. Hélas, le BB balance son tapis et je suis contraint de coucher ma main.
- On est dans une configuration typique de re-steal et malgré cela, il est délicat pour moi de payer son tapis. En effet, le BB n’a que 14BB (116/8) et en envoyant son tapis, il a l’opportunité
de gagner un joli pot de 40'000 chips ce qui représente 1/3 de son stack.
- De mon côté, si je me couche, il me reste encore 17BB ce qui me laisse suffisamment de marge de manœuvre et je conserve toutes mes chances durant cette table finale.
- Suite au tapis du BB, j’ai des « pot odds » de 1.6-à-1. Autrement dit, je dois investir encore 92'000 chips pour espérer remporter le pot de 147'000 chips. Avec de tels « pot odds », j’ai une «
equity » de 38% (=1/2.6 x 100) ce qui veut dire que je dois remporter le coup au moins 38% du temps pour que mon call soit tactiquement correct ; c’est-à-dire que mon call me rapporte des
chips.
- Lorsqu’on prend une décision en tournoi, il faut généralement distinguer entre 2 niveaux : tactique (=la bataille) et stratégique (=la guerre). Le 1er niveau
correspond au moment du coup. Est-ce que j’ai les cotes pour suivre ? Le 2ème niveau englobe le tournoi dans son ensemble. Quelle sera ma situation si je paie son tapis et que je perds le coup ?
Puis-je me permettre de coucher cette main à ce stade du tournoi ? En tournoi, il arrive fréquemment qu’une décision correcte tactiquement soit incorrecte d’un point de vue stratégique. C’est
l’exemple classique d’un satellite où il y a par exemple 10 entrées pour un grand tournoi. Il reste 11 joueurs et vous avez AA avec un stack dans la moyenne. Vous allez certainement vous coucher
si un gros stack balance son tapis car la survie prime sur le fait d’accumuler des chips.
- Après réflexion, je pense que mon fold est une erreur sur le plan tactique. En effet, dans cette situation, le BB peut littéralement pousser avec « any 2 cards » et avec une main telle que A6o,
j’ai en principe 56% de chances de remporter le coup fasse à une main aléatoire.
- Le problème pour moi se situe au niveau stratégique et c’est bien ça qui fait que le re-steal est une arme si efficace. En effet, le BB devient l’agresseur et c’est toujours plus délicat de
payer un tapis que de faire tapis soi-même. De plus, si je perds cette main, je suis pratiquement éliminé du tournoi car il ne me restera que très peu de chips. Par ailleurs, il y a quand même un
écart de plusieurs centaines de dollars entre les places, ce qui me rajoute une pression supplémentaire.
- En résumé, je suis dans une situation délicate avec un tapis de 20BB car, en relançant de cette position, j’allais très certainement devenir la cible idéale pour un re-steal. La table était
composée de joueurs agressifs et expérimentés et ma relance avant le flop était donc certainement une erreur, sachant que je n’étais pas prêt à payer une sur-relance avec mon A6o.
Know your opponent
- Voilà une main surprenante car elle oppose 2 ténors du poker online : Annette_15 (Annette Obrestad) et Zangbezan24 (Sorrel Mizzi). Les 2 joueurs sont très
agressifs et se connaissent aussi très bien.
- Annette_15 relance à 3BB avec A7s au CO et Zangbezan24 fait une sur-relance à 4'200 au bouton.
- On est dans un cas particulier de « re-steal » car les 2 joueurs ont encore beaucoup de chips et le sur-relanceur (le « re-stealer » présumé) n’a de loin pas envoyé son tapis.
- Dans cette situation, Annette_15 sait très bien que Zangbezan24 peut sur-relancer avec « any 2 cards » au bouton car c’est un coup standard.
Elle pense que si son adversaire avait une très forte main (QQ+), il aurait certainement fait simplement un call afin de la piéger et/ou d’inciter un des blinds à pousser son tapis pour faire un
« squeeze play ».
- Après que le SB et le BB se soient couchés, Annette est certaine d’être devant Zangbezan les ¾ du temps avec son A7s. De plus, son adversaire a encore 20'000 chips derrière lui et elle sait
qu’il est en mesure de se coucher si elle envoie son tapis. Dès lors, sûre de son read et de son analyse, elle va all-in et remporte un joli pot.
- Cet exemple montre bien l’importance de bien connaître son adversaire avant d’effectuer un « move » autant risqué ; c’est-à-dire jouer son tournoi avec une main relativement
marginale alors qu’on a encore un tapis de 40BB.
Caught red-handed !
- Cette exemple montre l’importance de savoir identifier les situations de « re-steal » afin d’en tirer profit.
- AJunglen (un très jeune joueur de poker online) relance à 2'500 chips (2.5xBB) au CO avec AJo. Le joueur au bouton envoie immédiatement son tapis de 35'000 chips et les blinds
se couchent. Que faire ? AJo est une bonne main mais qui court le risque d’être largement dominée par AK ou AQ. En outre, Ajunglen a encore 15BB et pourrait se coucher.
- Pour Ajunglen, c’est pourtant un call relativement facile à effectuer car :
1) Il connait le joueur au bouton et il sait qu’il est très agressif. Il peut dès lors très bien relancer avec une main marginale.
2) Avec 35'000 chips, il le couvre très largement ainsi que les blinds. Dès lors, le bouton ne risque pas énormément sur ce coup.
3) De plus, la relance d’AJunglen au CO n’est pas le synonyme d’une main forte, d’autant plus qu’il a encore 15BB derrière lui et qu’il est en mesure de se coucher.
- Ces éléments réunis amènent AJunglen à payer le tapis car le bouton peut facilement être mis sur un « re-steal ». En l’occurrence, il va doubler face à A7o du
bouton.
- Là encore, c’est un cas particulier de « re-steal » où le bouton utilise la puissance de son tapis pour s’emparer du coup pre-flop. Par ailleurs, AJunglen n’était pas sur un « steal » car il
avait une main de relance tout à fait légitime dans cette position.
“Nice hand, sir”
- Une tentative complètement ratée de « re-steal » qui met en évidence quelques erreurs à ne pas commettre.
- C’est une main jouée lors d’un tournoi freeroll qualificatif sur Everest Poker. Je suis au BB avec une poubelle en main (83o). Le bouton fait un mini-raise ce que j’interprète comme un signe de
faiblesse de sa part. Fort de mon read, j’envoie mon tapis.
- Le bouton me paie avec J7o et je me fais éliminer sans gloire du tournoi.
- Moralité, un bon read ne suffit pas et mon « re-steal » était une erreur pour plusieurs raisons :
1) D’abord, je n’avais pas suffisamment de « folding equity ». Même face à un mini-raise, je ne pouvais pas exercer suffisamment de pression avec mon tapis de 8BB. En poussant, mon adversaire
avait des « pot odds » de 1.7-à-1 car il devait investir 920 chips de plus pour espérer gagner un pot de 1'595. Il a donc une « equity » de 37% (1/2.7 x 100).
2) Ensuite, le bouton pouvait se permettre de payer mon all-in car il conservait un tapis suffisant même en cas de défaite.
3) Enfin, c’est toujours très risqué de faire ce genre de « move » dans un tournoi sans enjeu car la propension à être suivi par n’importe qui et n’importe quoi est énorme.
Zero folding equity
- Encore une main jouée par Sheets qui souligne l’importance de bien connaître ses adversaires et comment la prise en compte de la hauteur des tapis respectifs nous aide à
prendre de bonnes décisions.
- Sheets relance à 3BB avec A8o au CO. Il n’y a que 5 joueurs à la table et c’est donc une assez bonne main dans cette situation.
- Le BB envoie son tapis et Sheets, après réflexion, décide de se coucher. Pouquoi ? Voilà les raisons principales :
1) Sheets sait que le BB est un bon joueur et qu’il joue serré. Dès lors, si le BB pousse avec 11BB ; c’est-à-dire sans « folding equity », c’est qu’il a certainement une très bonne main (TT+,
AJ+) car il doit s’attendre à ce que Sheets paie son all-in
2) Sur le plan stratégique, Sheets préfère conserver intact son tapis de 360'000 chips (36BB) et garder ainsi une très bonne marge de manoeuvre plutôt que de se risquer dans un call hasardeux.
Même sur le plan tactique, le fold est justifié si on est certain que le BB nous domine. En effet, Sheets doit rajouter 89'000 chips pour un pot de 170'000 chips, ce qui lui offre des très bons «
pot odds » de 1.9-à-1. Dès lors, il doit gagner le coup seulement 35% des fois pour que le call soit correct. Toutefois, si on est certain que le BB a TT+,AQ+, on est vraiment à la ramasse avec
A8o car on a en moyenne que 26% de chance de remporter le coup.
- Pour la petite histoire, Sheets s’est couché et le BB lui a montré AKs.
An interesting spot
- Comme dernier exemple, je vais prendre une main jouée par Roothlus (un bon joueur qui est connu pour avoir fait plusieurs tables finales du Sunday Million sur Pokerstars).
- C’est une main issue du tournoi rebuy à 100$ de Pokerstars. A ce moment du tournoi, il ne reste plus que 2 tables.
- Roothlus est au BB avec 86s et doit faire face à la relance du « chip leader » au CO.
- Roothlus a posté cette main sur le forum américain Pocketfives et il demandait si, dans cette situation, il était intéressant ou non de faire un « re-steal » en poussant son
tapis.
- Sa question a suscité beaucoup de réponses et c’est intéressant de noter que les avis divergeaient beaucoup. Il y avait clairement des partisans et des opposants au « re-steal » et on trouvait
dans les deux camps de très forts joueurs.
- Pour les partisans, il fallait pousser car :
1) Le gros stack avait déjà beaucoup relancé les coups précédents et il pouvait très bien le faire à nouveau sans avoir une main légitime.
2) Roothlus a une image solide et il faut l’exploiter.
3) 86s est une « bonne » main pour un re-steal.
4) Même avec un stack de 18BB, il faut commencer à engranger des chips et c’est vraiment une belle occasion de le faire, surtout si on veut avoir une chance de finir dans les 3 premiers.
- Pour les opposants, il fallait se coucher car :
1) Le gros stack a montré à chaque fois de bonnes mains lorsqu’il a été payé.
2) De plus, avec 225'000 chips, il peut se permettre le luxe de payer sans risquer trop.
3) Roothlus a encore 18BB et il est encore 2ème en chips à la table. Il peut donc patienter un peu et saisir une meilleure occasion. Autrement dit, le « re-steal » n’est pas une nécessité dans
cette situation. Si Roothlus avait eu 15BB et le relanceur dans les 25BB, c’est clair que le « re-steal » aurait été beaucoup plus justifié.
- Pour étayer la discussion, nous pouvons essayer de quantifier la valeur du « re-steal » dans cette situation. Admettons que le grand stack relance avec le 20% des mains (33+, A4+ et KJ+) mais
qu’il paiera notre tapis uniquement avec le 10% des mains (44+, A9s+, AT+). Autrement dit, il paiera notre all-in une fois sur deux ; c’est-à-dire que nous avons 50% de « folding equity
»
- Il s’agit maintenant de calculer les chances que notre main remporte le coup au showdown en cas de call du grand stack :
- On calcule ensuite la somme des 3 différents cas de figure suivants :
1) All-in ->no call .5 x 19'600 = 9’800
2) All-in->call&win .17 x 80'595 = 13’701
3) All-in->call&lose .33 x -72'995 = -24’088
- Selon notre scénario, le « re-steal » effectué par Roothlus a une espérance de gain en chips négative de -587 (9’800+13’701-24'088).
- Il est intéressant de relever qu’il suffit que Roothlus effectue son « re-steal » avec un tapis légèrement inférieur (17 BB au lieu de 18BB) pour que son coup ait une espérance de gain en chips
positive (+EVchips). De même, si sa « folding equity » est légèrement supérieur à 50%, son «re-steal » devient aussi +EVchips.
- Cette discussion démontre bien que le « re-steal » est un sujet compliqué. Il y a des éléments objectifs à considérer (particulièrement la taille de votre tapis et celui de
votre adversaire) et aussi des éléments plus subjectifs (l’analyse de votre adversaire afin d’évaluer votre « folding equity »).
- Comme le « re-steal » est souvent employé lors des tournois et des sit&go, il me semblait intéressant d’en connaître les bases afin d’être à même de l’utiliser ou de s’en
prémunir. J’espère que cet article a pu répondre à ce double objectif et n’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou des critiques à me soumettre.
Trijack / mai 2007