Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 15:47
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Dans cette rubrique "des chiffres et des cartes", je vais essayer de clarifier quelques notions barbares telles que pot odds, expected value (EV) et cie. Avec l’explosion du jeu online, la dimension mathématique du poker a pris une énorme importance et il me semble indispensable de maîtriser quelque peu ces notions.


Toutefois, j’ai constaté que les chiffres provoquaient encore souvent des réactions allergiques chez un grand nombre de joueurs et de joueuses. Un obstacle supplémentaire provient du fait que la littérature sur le poker est quasi exclusivement anglophone.


Je vais débuter par quelques textes de base sur les probabilités pour ensuite explorer quelques notions légèrement plus complexes. Je vais sans doute présenter également quelques outils intéressants comme les trackers, simulateurs de mains ou calculateurs d’ICM.


N’hésitez pas à faire des commentaires sur cette rubrique et par exemple à me faire part de vos intérêts.

Par Trijack - Publié dans : Des chiffres et des cartes
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Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 15:10

Qui a dit que le poker n’était pas un sport ? Pour les sceptiques, on a assisté la semaine dernière à un tournoi d’anthologie aux championnats du monde de poker à Las Vegas. Je veux bien sûr parler du tournoi de HORSE à 50’000$ qui a réuni plus d’une centaine de joueurs professionnels aguerris.


Rappelons que le HORSE est un acronyme pour : Hold’em, Omaha, Razz, Stud (high) et Eight-or-better (=stud high-low)



Le HORSE se joue exclusivement en limit (c’est-à-dire avec des mises fixes) et les différentes variantes sont jouées en alternance au fil du tournoi.



La table finale a duré plus de 13 heures d’affilées et c’est finalement l’Américain Freddy Deeb qui est sorti victorieux de cette bataille. Il remporte un bracelet de champion du monde ainsi que la coquette somme de 2 millions de dollars.



Il faut aussi relever la très belle deuxième place du joueur français Bruno Fitoussi. Je vous conseille d’aller jeter un coup d’oeil à l’émission Studio Poker no 7. Bruno Fitoussi y est l’invité principal et son interview vaut son pesant de cacahuètes.


www.poker-academie.com/content/view/244/62/



Pour les amateurs, le HORSE se joue, à ma connaissance, en cash game et en tournoi sur les sites de poker online suivants : Pokerstars, Full Tilt et Absolute Poker.


Avant de vous lancer dans le grand bain, je vous conseille vivement de lire les 2 articles sur le HORSE de Matt Matros sur CardplayerSur le site Cardplayer.






Par Trijack - Publié dans : Chroniques pokériennes
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Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 12:38
Full-Tilt-book.jpg
www.amazon.com/Full-Tilt-Poker-Strategy-Guide/dp/0446698601/ref=pd_bbs_sr_1/104-6395755-4931948


Michael Craig a eu la bonne idée de réunir les contributions de plusieurs joueurs de poker professionnels (apparentés au site Full Tilt) en un seul ouvrage de plus de 400 pages. Cette première édition vient de sortir (juin 2007) et elle est entièrement consacrée au poker de tournoi.


A mes yeux, le grand intérêt de ce livre est qu’il n’est pas uniquement axé sur le No-Limit Hold’em. En effet, les deux dernières parties abordent l’Omaha (50 pages) et le Stud (90 pages).



Comme tous les livres écrits à plusieurs mains, le contenu est très dense mais hélas parfois inégal. De bons chapitres ( Gavin Smith sur le Big-Stack Play ou Ted Forrest sur le Stud Eight-or-Better) alternent avec de moins bons (Richard Brodie sur le Online Tournament Strategy).



La partie sur le No-Limit Hold’em (250 pages) mérite le détour même si elle est loin de faire de l’ombre aux 3 ouvrages de référence que sont les « Harrington on Hold’em ». De plus, on trouve sur le site de Full Tilt déjà beaucoup d’articles qui recoupent l’information contenue dans cette partie sur le No-Limit Hold’em.



Toutefois, j’ai bien apprécié, par exemple, le début du chapitre écrit par Chris Ferguson sur le jeu après le flop. Ferguson pose une question toute simple : pourquoi miser après le flop ? En effet, il arrive fréquemment qu’on mise quasiment par automatisme et sans vraiment réfléchir à ce que l’on cherche à accomplir.



Selon lui, miser doit permettre soit :



1) De faire coucher une meilleure main que la sienne



2) D'inciter une main plus faible à payer ou à relancer



3) De protéger votre main



Dans la suite du chapitre, Ferguson va chercher à démontrer par de nombreux exemples quand miser et quand ne pas miser après le flop.



Pour conclure, ce livre est surtout à conseiller à celles ou ceux qui raffolent du poker de tournoi et qui souhaitent  se perfectionner en Omaha et en Stud. Pour les autres, ce n’est sans doute pas un ouvrage indispensable.

Par Trijack - Publié dans : Livres/Vidéos/Sites
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Samedi 30 juin 2007 6 30 /06 /Juin /2007 19:28

Durant les tournois,  particulièrement quand les blinds sont élevés, on doit souvent faire face à une relance à tapis et il est parfois délicat de prendre la bonne décision. Doit-on suivre la relance ou se coucher? Quels facteurs doit-on considérer et comment influencent-ils sur notre prise de décision?

Je vais partir d'une situation courante puis passer en revue les 4 facteurs principaux qui permettent de nous aider dans notre processus de décision.

Fin d'un tournoi, les blinds sont de 500/1'000 avec des antes de 50. On a 35'000 chips. Il y a 9 joueurs à la table. On est en MP (middle position) et on détient ATs. On décide de relancer à 2,5BB (2'500 chips). Le joueur au bouton qui a 9'500 chips envoie son tapis. Tout le monde se couche. Que fait-on? Call ou Fold?

1) Notre main

ATs est une bonne main dans l’absolu car elle est favorite à 65/35 face à une main aléatoire. Dans notre exemple, il s’agit surtout de voir comment se comporte ATs face à un rang de mains que notre adversaire pourrait détenir. Si le bouton pousse avec TT+, AJ+, nous conservons une équité de 30%; c'est-à-dire environ 1 chance sur 3 de remporter le coup. C’est un scénario extrême car on postule que le bouton possède une main très forte (le 5% supérieur des mains de départ). En élargissant le rang de mains de notre adversaire (77+, A9+), notre équité passe à 41%. On peut encore élargir en mettant notre adversaire sur une paire, un as ou KQ. Dès lors, on se retrouve favori : 56/44.

2) Notre adversaire et notre image à la table

- Situation de notre adversaire? Il ne dispose que de 9'500 chips. Son M est donc inférieur à 5 et il est dans la zone rouge. Il doit impérativement aller à tapis dès qu'il détient une quelconque main. Dans notre exemple, le bouton sur-relance avec son petit tapis. Dès lors, on peut supposer qu'il a une main relativement forte car il s'attend sans doute à ce que l'on paie son tapis.

- Notre image à la table? Comment est-on perçu? Est-ce qu'on a joué de manière agressive et relancé souvent les coups précédents? Une relance en MP est-elle synonyme d'une main forte? Est-ce qu'on s'est déjà couché face à une sur-relance?

En bref, je pense être perçu comme étant un joueur plutôt solide, je relance en MP ce qui implique sans doute que j'ai une main légitime et mon adversaire n'a pas ou peu de Fold Equity (% de chances que je me couche face à son tapis) en me sur-relançant. Dès lors, il doit certainement avoir une bonne main (par exemple 88+, AT+, KQ)


3) Les pot odds

C'est un élément crucial à considérer en fin de tournoi car notre marge de manoeuvre est souvent limitée tant les blinds sont élevés et il faut donc savoir pleinement tirer profit des situations avantageuses.
Dans notre exemple, le pot est de (1'000 BB + 500 SB + 450 antes + 2'500 ma relance + 9'500 sa sur-relance) 14'000 chips et je dois mettre 7'000 chips. On a donc des pot odds de 14'000 à 7'000, soit de 2-à-1. Autrement dit, il me suffit de remporter le coup 1 fois sur 3 (33% des fois) pour que mon call soit correct.

Dans l'hypothèse où mon adversaire a une bonne main (88+, AT+, KQ) , j'ai 40% de chance de remporter le coup ce qui rend mon call profitable.

4) Notre situation dans le tournoi et considérations stratégiques.

- Est-ce qu'on est à l'approche des places payées (the bubble) ou déjà dans l'argent (in the money)? Est-ce que le fait d'être payé est une considération importante pour moi ou est-ce que je vise le titre?

- Si je suis et que je perds le coup, quelle sera ma situation et la taille de mon tapis?

- Si je suis et que je gagne, quelle sera ma situation et la taille de mon tapis?

- Si je me couche, quelle sera ma situation et la taille de mon tapis?

- Quand les blinds vont-ils augmenter? Est-ce que la structure du tournoi est rapide ou lente?

- Est-ce que je me considère plus fort ou moins fort que mes adversaires? Est-ce que je dois saisir toutes les opportunités ou vaut-il mieux attendre une situation encore plus favorable?

- Quelle est la répartition des prix? Faut-il prendre des risques car seules les toutes premières places sont intéressantes? Doit-on au contraire jouer plus prudemment car la répartition du prizepool est plate?

Dans mon cas, j'avais un stack de 35'000 chips et je pouvais suivre le all-in sans prendre de gros risques car même en cas de perte je conservais un stack de 25'000 chips (25xBB).

Je pense aussi qu'un fin de tournoi notre avantage sur les autres joueurs est relativement faible et que passer à côté d'une telle opportunité est clairement une erreur. De plus, c'était un tournoi où seules les 3 premières places étaient vraiment intéressantes d'un point de vue financier ce qui implique qu'il faut chercher à bâtir un gros stack à l'approche de la table finale. Même si j'ai un stack confortable à ce moment du tournoi, je peux me retrouver relativement vite un peu court avec l'augmentation des blinds si je ne réussis pas à accumuler davantage de chips.

Dans cette exemple, la décision était assez évidente car tous les éléments penchaient en faveur du call. Le but était surtout de montrer que prendre en compte les 4 facteurs que j'ai mentionnés permet de faciliter notre décision. Ces facteurs sont interdépendants et le changement d'une seule variable peut faire basculer complètement une décision. Dans mon cas, si mon adversaire avait eu par exemple 14'000 chips au lieu de 9'500, je me serais certainement couché.
Par Trijack - Publié dans : Articles techniques
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Samedi 30 juin 2007 6 30 /06 /Juin /2007 19:18

Introduction et Définition

J’ai récolté ces dernières semaines pas mal d’informations sur le « re-steal » et je me suis dit qu’il était temps de les mettre en forme en écrivant un article. Je me suis inspiré largement de plusieurs sources pour écrire ce texte et plus particulièrement d’une discussion initiée par Ansky sur le forum 2 +2.

D’abord, il s’agit de définir ce qu’est un « re-steal » (=contre-vol). En bref, c’est lorsqu’on sur-relance un adversaire qu’on soupçonne être sur un vol. Autrement dit, on pense que le joueur adverse a sans doute relancé avant le flop avec une main moyenne, voire une poubelle, pour voler les blinds. Généralement, on sur-relance un adversaire qui a ouvert en position avancée à la table (CO-1, CO, D ou SB).

On parle de « re-steal » car on ne fait pas une sur-relance avec une main forte. Dès lors, notre objectif est vraiment de remporter le coup avant le flop en amenant notre adversaire à se coucher.

Avec l’augmentation rapide des blinds lors des tournois, le « re-steal » est une arme efficace pour maintenir un bon tapis même sans toucher de jeu. Toutefois, c’est un « move » risqué et donc à utiliser avec modération. L’objectif de cet article est justement de montrer quand et comment utiliser le « re-steal ».

5 éléments de base

1) Votre position

Généralement, le « re-steal » s’effectue du CO, du bouton ou des blinds. L’idée est bien sûr que plus vous êtes à une position avancée à la table, moins il y a de risque qu’un adversaire touche une grosse main après vous.

2) Le relanceur initial

Qui relance ? Joue-t-il serré ou est-il agressif ? Est-il capable de coucher une main ? De quelle position relance-t-il ? Quelle est la hauteur de son tapis comparée aux blinds et à votre tapis ? Quels « pot odds » (=quel investissement pour quel gain potentiel) aura-t-il lorsque vous le sur-relancerez ? Nous verrons dans le point 5) qu’il faut en principe que les «pot-odds» pour votre adversaire soient nettement inférieurs à 2-à-1.

3) Les joueurs après vous

Combien est-ce qu’il y a de joueurs à parler après vous ? Comment jouent-ils ? Si vous faites un « re-steal » du SB et que le BB a un petit tapis, il risque peut-être de payer et ainsi d’inciter le relanceur initial à payer aussi car il aura de meilleurs « pot odds »

4) Vos cartes

Quelle est votre main ? On considère généralement que c’est un facteur mineur car c’est la situation qui prime et la quasi certitude que le relanceur initial ne va pas nous payer. Toutefois, il existe toujours un risque que notre tapis soit payé. Dès lors, les mains du type « connecteurs assortis » (T9s, 98s, 87s, 76s) sont souvent intéressantes car elles s’en sortent généralement bien face aux mains susceptibles de payer notre sur-relance (AT+, 22+)

5) Risque vs récompense

C’est un élément fondamental à prendre compte. En effet, avant de vous lancer dans un « re-steal », il faut s’assurer que la récompense est supérieure au risque. Généralement, il est admis que le tapis idéal pour faire un re-steal est compris entre 13-18 BB. Si vous avez 20BB, vous prenez un risque un peu grand et il est peut-être préférable d’attendre une meilleure opportunité. Avec moins de 13BB, le problème est que vous manquez de « folding equity » (=capacité à faire coucher votre adversaire avant le flop grâce à la profondeur de votre tapis).

En clair, si un joueur relance à 3BB et que vous poussez avec par exemple 10BB, vous donnerez à votre adversaire de tellement bons « pot odds » qu’il sera presque obligé de vous payer. Admettons que les blinds sont de 50/100 et que votre adversaire ouvre à 300. Si vous envoyez votre tapis de 1'000 chips au bouton, votre adversaire aura des « pot odds » de 2-à-1 car il devra payer 700 pour espérer remporter un pot de 1'450. Avec de tels « pot odds », il lui suffit de remporter le coup 1 fois sur 3 pour justifier un call de sa part. Pourquoi lui suffit-il de remporter le coup 1 fois sur 3 ? C’est un calcul relativement simple. Il suffit de déterminer notre « equity ». Avec des « pot odds » de 2-à-1, l’ «equity» est égale à 33% (1/3 x100). L’ «equity» est un % qui nous indique le nombre de fois au minimum que nous devons remporter le coup pour que notre call soit rentable. En bref, on constate donc que dans cet exemple votre tapis n’est pas assez profond pour lui mettre réellement la pression.

Quelques erreurs courantes

- Faire un « re-steal » face à la mauvaise cible. Méfiez-vous notamment des « calling stations » qui ne sont pas en mesure de coucher une main dès qu’ils ont investi quelques chips dans le coup.
- Faire un « re-steal » sans « folding equity ». Comme nous l’avons déjà vu, c’est dangereux de pousser avec un stack inférieur à 13BB car vous offrez des « pot odds » trop favorables à votre adversaire
- Faire un « re-steal » avec un stack trop important. Dès que vous avez plus de 20BB, il s’agit de se demander si le risque pris n’est pas supérieur au gain potentiel.
- Faire un « re-steal » trop fréquemment car vos adversaires risquent de s’en rendre compte et peuvent vous piéger avec une bonne main ou vont aussi peut-être suivre votre tapis avec des mains plus marginales (Ax, Kx)

Augmenter vos chances de succès

- Les tapis moyens (ou les grands tapis d’un joueur solide) sont souvent les meilleures cibles.
- Certaines situations augmentent beaucoup vos chances de succès (la bulle, la table finale et/ou quand l’argent devient conséquent). Le « re-steal » devient très efficace car vous pouvez exercer, d’une part, beaucoup de pression sur les joueurs « weak-tight » qui auront peur de se faire éliminer. D’autre part, vous pouvez aussi piéger des joueurs agressifs qui ont tendance à relancer avec n’importe quoi en fin de parole dans ces situations de bulle car ils sont certains qu’ils vont empocher les blinds sans résistance.
- La position est importante car c’est lorsque vous êtes aux blinds que vous avez le meilleur ratio coût/bénéfice et que vous avez aussi le moins de risque, par définition, qu’un joueur après vous tombe sur une très bonne main.
- C’est parfois intéressant de sur-relancer un joueur qui a ouvert en milieu de parole car cela donne une force supplémentaire à votre « move ». Toutefois, le risque est aussi plus grand qu’il ait une main légitime ou qu’un joueur situé à votre gauche se réveille avec un monstre en main.

Voilà, après ces explications théoriques un peu longues et fastidieuses, il est temps de passer à la pratique. Pour ce faire, je vais détailler quelques mains qui me semblent intéressantes.

Perfect time for a re-steal

- Pour commencer, j’ai choisi une main jouée par Sheets (un joueur pro qui est notamment reconnu pour son expertise en sit&go). C’est une main intéressante car nous allons voir que tous les éléments sont réunis pour un « re-steal » réussi.
- Un joueur en milieu de parole ouvre à 3'600 (3xBB) et Sheets se trouve au BB avec un tapis de 21'000 chips. Sheets va envoyer son tapis avec 65s car il considère que c’est une occasion rêvée pour faire un « re-steal » :

1) Sheets a le tapis idéal pour un « re-steal » avec 17-18BB.
2) Le relanceur a lui aussi le tapis idéal ; c’est-à-dire un tapis moyen qui lui permettra de conserver suffisamment de marge de manoeuvre après avoir couché sa main.
3) Le relanceur est plutôt agressif mais Sheets sait qu’il est capable aussi de coucher une main.
4) On arrive près des places payées ce qui offre à Sheets un moyen supplémentaire d’exercer de la pression.
5) En cas de call, Sheets a une main qui « fonctionne bien » face aux types de mains face auxquelles il risque de tomber
6) Sheets est au BB et il ne court donc pas le risque qu’un joueur sur sa gauche se réveille avec une grosse main. De plus, en poussant face à un relanceur en milieu de parole, la main de Sheets appraît plus forte que ce qu’elle est réellement. Sheets a également l’image d’un joueur serré ce qui, dans ce cas, est tout à son avantage.

En bref, Sheets balance son tapis et son adversaire se couche instantanément.

Danger Zone

- Comme deuxième exemple, j’ai pris une main que j’ai jouée lors du Freeroll Supernova sur Pokerstars.

- Cet exemple démontre bien l’efficacité du re-steal. Après plus de 5h de jeu, j’arrive en table finale et nous ne sommes plus que 7 joueurs. J’ai A6o au CO et je relance à 3BB en espérant empocher les blinds et les antes. Hélas, le BB balance son tapis et je suis contraint de coucher ma main.

- On est dans une configuration typique de re-steal et malgré cela, il est délicat pour moi de payer son tapis. En effet, le BB n’a que 14BB (116/8) et en envoyant son tapis, il a l’opportunité de gagner un joli pot de 40'000 chips ce qui représente 1/3 de son stack.
- De mon côté, si je me couche, il me reste encore 17BB ce qui me laisse suffisamment de marge de manœuvre et je conserve toutes mes chances durant cette table finale.
- Suite au tapis du BB, j’ai des « pot odds » de 1.6-à-1. Autrement dit, je dois investir encore 92'000 chips pour espérer remporter le pot de 147'000 chips. Avec de tels « pot odds », j’ai une « equity » de 38% (=1/2.6 x 100) ce qui veut dire que je dois remporter le coup au moins 38% du temps pour que mon call soit tactiquement correct ; c’est-à-dire que mon call me rapporte des chips.
- Lorsqu’on prend une décision en tournoi, il faut généralement distinguer entre 2 niveaux : tactique (=la bataille) et stratégique (=la guerre). Le 1er niveau correspond au moment du coup. Est-ce que j’ai les cotes pour suivre ? Le 2ème niveau englobe le tournoi dans son ensemble. Quelle sera ma situation si je paie son tapis et que je perds le coup ? Puis-je me permettre de coucher cette main à ce stade du tournoi ? En tournoi, il arrive fréquemment qu’une décision correcte tactiquement soit incorrecte d’un point de vue stratégique. C’est l’exemple classique d’un satellite où il y a par exemple 10 entrées pour un grand tournoi. Il reste 11 joueurs et vous avez AA avec un stack dans la moyenne. Vous allez certainement vous coucher si un gros stack balance son tapis car la survie prime sur le fait d’accumuler des chips.
- Après réflexion, je pense que mon fold est une erreur sur le plan tactique. En effet, dans cette situation, le BB peut littéralement pousser avec « any 2 cards » et avec une main telle que A6o, j’ai en principe 56% de chances de remporter le coup fasse à une main aléatoire.
- Le problème pour moi se situe au niveau stratégique et c’est bien ça qui fait que le re-steal est une arme si efficace. En effet, le BB devient l’agresseur et c’est toujours plus délicat de payer un tapis que de faire tapis soi-même. De plus, si je perds cette main, je suis pratiquement éliminé du tournoi car il ne me restera que très peu de chips. Par ailleurs, il y a quand même un écart de plusieurs centaines de dollars entre les places, ce qui me rajoute une pression supplémentaire.
- En résumé, je suis dans une situation délicate avec un tapis de 20BB car, en relançant de cette position, j’allais très certainement devenir la cible idéale pour un re-steal. La table était composée de joueurs agressifs et expérimentés et ma relance avant le flop était donc certainement une erreur, sachant que je n’étais pas prêt à payer une sur-relance avec mon A6o.

Know your opponent

- Voilà une main surprenante car elle oppose 2 ténors du poker online : Annette_15 (Annette Obrestad) et Zangbezan24 (Sorrel Mizzi). Les 2 joueurs sont très agressifs et se connaissent aussi très bien.
- Annette_15 relance à 3BB avec A7s au CO et Zangbezan24 fait une sur-relance à 4'200 au bouton.

- On est dans un cas particulier de « re-steal » car les 2 joueurs ont encore beaucoup de chips et le sur-relanceur (le « re-stealer » présumé) n’a de loin pas envoyé son tapis.
- Dans cette situation, Annette_15 sait très bien que Zangbezan24 peut sur-relancer avec « any 2 cards » au bouton car c’est un coup standard. Elle pense que si son adversaire avait une très forte main (QQ+), il aurait certainement fait simplement un call afin de la piéger et/ou d’inciter un des blinds à pousser son tapis pour faire un « squeeze play ».
- Après que le SB et le BB se soient couchés, Annette est certaine d’être devant Zangbezan les ¾ du temps avec son A7s. De plus, son adversaire a encore 20'000 chips derrière lui et elle sait qu’il est en mesure de se coucher si elle envoie son tapis. Dès lors, sûre de son read et de son analyse, elle va all-in et remporte un joli pot.
- Cet exemple montre bien l’importance de bien connaître son adversaire avant d’effectuer un « move » autant risqué ; c’est-à-dire jouer son tournoi avec une main relativement marginale alors qu’on a encore un tapis de 40BB.

Caught red-handed !

- Cette exemple montre l’importance de savoir identifier les situations de « re-steal » afin d’en tirer profit.
- AJunglen (un très jeune joueur de poker online) relance à 2'500 chips (2.5xBB) au CO avec AJo. Le joueur au bouton envoie immédiatement son tapis de 35'000 chips et les blinds se couchent. Que faire ? AJo est une bonne main mais qui court le risque d’être largement dominée par AK ou AQ. En outre, Ajunglen a encore 15BB et pourrait se coucher.

- Pour Ajunglen, c’est pourtant un call relativement facile à effectuer car :
1) Il connait le joueur au bouton et il sait qu’il est très agressif. Il peut dès lors très bien relancer avec une main marginale.
2) Avec 35'000 chips, il le couvre très largement ainsi que les blinds. Dès lors, le bouton ne risque pas énormément sur ce coup.
3) De plus, la relance d’AJunglen au CO n’est pas le synonyme d’une main forte, d’autant plus qu’il a encore 15BB derrière lui et qu’il est en mesure de se coucher.

- Ces éléments réunis amènent AJunglen à payer le tapis car le bouton peut facilement être mis sur un « re-steal ». En l’occurrence, il va doubler face à A7o du bouton.
- Là encore, c’est un cas particulier de « re-steal » où le bouton utilise la puissance de son tapis pour s’emparer du coup pre-flop. Par ailleurs, AJunglen n’était pas sur un « steal » car il avait une main de relance tout à fait légitime dans cette position.

“Nice hand, sir”


- Une tentative complètement ratée de « re-steal » qui met en évidence quelques erreurs à ne pas commettre.
- C’est une main jouée lors d’un tournoi freeroll qualificatif sur Everest Poker. Je suis au BB avec une poubelle en main (83o). Le bouton fait un mini-raise ce que j’interprète comme un signe de faiblesse de sa part. Fort de mon read, j’envoie mon tapis.

- Le bouton me paie avec J7o et je me fais éliminer sans gloire du tournoi.
- Moralité, un bon read ne suffit pas et mon « re-steal » était une erreur pour plusieurs raisons :

1) D’abord, je n’avais pas suffisamment de « folding equity ». Même face à un mini-raise, je ne pouvais pas exercer suffisamment de pression avec mon tapis de 8BB. En poussant, mon adversaire avait des « pot odds » de 1.7-à-1 car il devait investir 920 chips de plus pour espérer gagner un pot de 1'595. Il a donc une « equity » de 37% (1/2.7 x 100).
2) Ensuite, le bouton pouvait se permettre de payer mon all-in car il conservait un tapis suffisant même en cas de défaite.
3) Enfin, c’est toujours très risqué de faire ce genre de « move » dans un tournoi sans enjeu car la propension à être suivi par n’importe qui et n’importe quoi est énorme.

Zero folding equity

- Encore une main jouée par Sheets qui souligne l’importance de bien connaître ses adversaires et comment la prise en compte de la hauteur des tapis respectifs nous aide à prendre de bonnes décisions.
- Sheets relance à 3BB avec A8o au CO. Il n’y a que 5 joueurs à la table et c’est donc une assez bonne main dans cette situation.

- Le BB envoie son tapis et Sheets, après réflexion, décide de se coucher. Pouquoi ? Voilà les raisons principales :

1) Sheets sait que le BB est un bon joueur et qu’il joue serré. Dès lors, si le BB pousse avec 11BB ; c’est-à-dire sans « folding equity », c’est qu’il a certainement une très bonne main (TT+, AJ+) car il doit s’attendre à ce que Sheets paie son all-in
2) Sur le plan stratégique, Sheets préfère conserver intact son tapis de 360'000 chips (36BB) et garder ainsi une très bonne marge de manoeuvre plutôt que de se risquer dans un call hasardeux. Même sur le plan tactique, le fold est justifié si on est certain que le BB nous domine. En effet, Sheets doit rajouter 89'000 chips pour un pot de 170'000 chips, ce qui lui offre des très bons « pot odds » de 1.9-à-1. Dès lors, il doit gagner le coup seulement 35% des fois pour que le call soit correct. Toutefois, si on est certain que le BB a TT+,AQ+, on est vraiment à la ramasse avec A8o car on a en moyenne que 26% de chance de remporter le coup.
- Pour la petite histoire, Sheets s’est couché et le BB lui a montré AKs.

An interesting spot

- Comme dernier exemple, je vais prendre une main jouée par Roothlus (un bon joueur qui est connu pour avoir fait plusieurs tables finales du Sunday Million sur Pokerstars).
- C’est une main issue du tournoi rebuy à 100$ de Pokerstars. A ce moment du tournoi, il ne reste plus que 2 tables.
- Roothlus est au BB avec 86s et doit faire face à la relance du « chip leader » au CO.

- Roothlus a posté cette main sur le forum américain Pocketfives et il demandait si, dans cette situation, il était intéressant ou non de faire un « re-steal » en poussant son tapis.
- Sa question a suscité beaucoup de réponses et c’est intéressant de noter que les avis divergeaient beaucoup. Il y avait clairement des partisans et des opposants au « re-steal » et on trouvait dans les deux camps de très forts joueurs.

- Pour les partisans, il fallait pousser car :
1) Le gros stack avait déjà beaucoup relancé les coups précédents et il pouvait très bien le faire à nouveau sans avoir une main légitime.
2) Roothlus a une image solide et il faut l’exploiter.
3) 86s est une « bonne » main pour un re-steal.
4) Même avec un stack de 18BB, il faut commencer à engranger des chips et c’est vraiment une belle occasion de le faire, surtout si on veut avoir une chance de finir dans les 3 premiers.

- Pour les opposants, il fallait se coucher car :
1) Le gros stack a montré à chaque fois de bonnes mains lorsqu’il a été payé.
2) De plus, avec 225'000 chips, il peut se permettre le luxe de payer sans risquer trop.
3) Roothlus a encore 18BB et il est encore 2ème en chips à la table. Il peut donc patienter un peu et saisir une meilleure occasion. Autrement dit, le « re-steal » n’est pas une nécessité dans cette situation. Si Roothlus avait eu 15BB et le relanceur dans les 25BB, c’est clair que le « re-steal » aurait été beaucoup plus justifié.

- Pour étayer la discussion, nous pouvons essayer de quantifier la valeur du « re-steal » dans cette situation. Admettons que le grand stack relance avec le 20% des mains (33+, A4+ et KJ+) mais qu’il paiera notre tapis uniquement avec le 10% des mains (44+, A9s+, AT+). Autrement dit, il paiera notre all-in une fois sur deux ; c’est-à-dire que nous avons 50% de « folding equity »
- Il s’agit maintenant de calculer les chances que notre main remporte le coup au showdown en cas de call du grand stack :

- On calcule ensuite la somme des 3 différents cas de figure suivants :

1) All-in ->no call .5 x 19'600 = 9’800
2) All-in->call&win .17 x 80'595 = 13’701
3) All-in->call&lose .33 x -72'995 = -24’088

- Selon notre scénario, le « re-steal » effectué par Roothlus a une espérance de gain en chips négative de -587 (9’800+13’701-24'088).

- Il est intéressant de relever qu’il suffit que Roothlus effectue son « re-steal » avec un tapis légèrement inférieur (17 BB au lieu de 18BB) pour que son coup ait une espérance de gain en chips positive (+EVchips). De même, si sa « folding equity » est légèrement supérieur à 50%, son «re-steal » devient aussi +EVchips.

- Cette discussion démontre bien que le « re-steal » est un sujet compliqué. Il y a des éléments objectifs à considérer (particulièrement la taille de votre tapis et celui de votre adversaire) et aussi des éléments plus subjectifs (l’analyse de votre adversaire afin d’évaluer votre « folding equity »).

- Comme le « re-steal » est souvent employé lors des tournois et des sit&go, il me semblait intéressant d’en connaître les bases afin d’être à même de l’utiliser ou de s’en prémunir. J’espère que cet article a pu répondre à ce double objectif et n’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou des critiques à me soumettre.

Trijack / mai 2007

Par Trijack - Publié dans : Articles techniques
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Voilà, un blog de plus dans la grande mare du poker.... après avoir longtemps résisté aux chants des sirènes, j’ai finalement craqué et je me suis décidé à faire le grand plongeon, quitte à boire la tasse...


Pas vraiment ma tasse de thé, ces nombreux blogs qui sont surtout une façon de mettre en avant ses résultats (forcément brillants) ou qui font office de défouloir à bad beats....


Honte à moi, j’ai envie de faire un blog « sérieux » .... si possible pas trop emmerdant ... Un blog qui privilégierait le contenu ... avec en principe des mises à jour hebdomadaires.... euh, disons au moins une car ça prend quand même énormément de temps :(


J’aime le poker dans sa diversité (tournoi et cash game, texas hold’em et stud) et vous trouverez un peu de tout sur ce blog : des articles techniques, des critiques de livres, une série sur les probabilités, etc.


Alors, bienvenue et j’espère que vous aurez du plaisir à parcourir ce blog....

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